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Au cours de ces 24h du Mans il y avait une silhouette qui faisait peine à voir. Un grand monsieur de l’endurance, touchait le fond au grand dam de ses indéfectibles supporters. Monsieur Henri Pescarolo vécut sans doute sa pire course sur les terres qui firent sa légende.

Monsieur Pescarolo est le dernier dinosaure français d’une époque révolue, qui appartient désormais à la mythologie du sport automobile. Pescarolo c’est l’image d’une ère perdue où les pilotes engageaient leurs vies lorsqu’ils montaient dans le baquet. Comment oublier cette nuit pluvieuse d’automne* 1968, au Mans, au cœur de la nuit, Lagardère patron de Matra réveilla Henri pour lui annoncer l’abandon de son coéquipier Servoz-Gavin sur problème mécanique ; essuie-glace en panne. Il en fallait plus pour décourager l’homme à la tête de bois ! Henri prit donc le volant de sa Matra, s’élança sur les Hunaudières lorsque celles-ci étaient encore les Hunaudières. Pescarolo troue le brouillard et la pluie sarthoise. La foule découvrit un Dartagnan intrépide, une légende et une histoire d’amour naquit. Au volant d’une voiture loin du compte, l’exploit de la nuit ne passera pas le cap du matin dominical, à l’heure où les bigotes sortent de la messe, cette dernière est également dite pour la Matra qui s’échouera sur le bas-côté, terrassée, le dernier râle du moteur s’étouffant dans un incendie.

Henri Pescarolo est une des légendes vivantes du sport automobile à mettre à côté de Franck Williams. Il fait partie de ces patrons qui ont la course dans le sang, ayant consacré leur vie entière à la compétition automobile. Ils ont au plus profond de leurs chairs leurs écuries. Ils sont à des années lumières des nouveaux directeurs, majors de promo de grandes écoles, qui ne sont là que de passage et qui débinent aux médias suspendus à leurs bouches, des discours stéréotypés calibrés par des génies de la communication. Pescarolo et Williams incarnent la course automobile, son Histoire.

Pescarolo c’est aussi une certaine conception du sport automobile, celle d’une écurie « nationale », 100% française. L’idée pouvait séduire, mais elle était à contre-courant de l’évolution moderne. Une idée romantique et désuète. Elle se rattache aux glorieux mythes Matra et Alpine, morts et enterrés depuis bien des lustres. Mais ça fait vibrer les cœurs, son écurie est de loin la plus populaire, la ferveur autour d’elle n’a pas d’égal.

Voir Henri, du haut de ses années se battre et souffrir comme un damné, pour la sauvegarde de son équipe force l’admiration. Reprendre les commandes de Pescarolo Sport mise en liquidation judiciaire en 2010 relevait de la folie. Mais la passion est difficilement compatible avec la raison. Cette écurie qu’il avait créée, elle coulait dans ses veines, ainsi que le sort de ses membres. Alors le vieux soldat est reparti au combat pour se retrouver à la tête de Pescarolo Team. Mais si l’Histoire de Pescarolo Sport fut couronnée de succès et d’exploits, la marche de sa sœur ressemble à un véritable chemin de croix. Le pauvre Henri aura tout connu ces derniers mois, le tout ressemblant à une lente et inexorable descente aux enfers conclue ce weekend au Mans.

Ça commença dès mercredi, lorsque Bouillon fut victime d’une sortie de piste au volant de la Pescarolo 03 (dont je ne comprends pas la présence, voiture de base ratée, comment espérer en faire une machine efficace ?). Le pilote dut déclarer forfait pour la course. La voiture fut reconstruite en une nuit, un vrai travail herculéen prouvant, s’il en était besoin, le dévouement extraordinaire des membres de l’équipe. Le calvaire se poursuivit lorsqu’une casse moteur survint lors du warm up. La machine prit finalement le départ des stands pour 20 petits tours. Le parcours de la Dome fut moins pire, ne s’arrêtant « définitivement » qu’à 9h30 pour repartir pour 2 tours d’honneurs avant l’arrivée.

Cette course fut un crève-cœur pour tout amoureux de Pescarolo, de son écurie, et de sport automobile en général. Voir cette écurie se débattre avec un budget famélique, des ennuis judiciaires, des voitures sous-compétitives fait peine à voir. Souhaitons à Henri et son équipe de remonter la pente. Pescarolo est le dernier artisan du sport automobile, ayant la passion chevillée au corps, représentant une certaine forme de la course, des valeurs, une philosophie disparu, mais qu’il serait bon de sauvegarder tel un témoignage du passé. Le sport a besoin de ces David luttant contre Goliath au mépris de toute logique sportive, avançant à la force de la passion.

Paul Huertas

http://asphalte.eklablog.com/

*En 1968 les 24h du Mans se déroulèrent le weekend du 28 et 29 septembre. La course fut décalée à cause des évènements de mai 68.

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