Formule 1

Actualité / Intersaison

Liberty Media prend totalement les commandes de la F1

Comme nous vous l'annoncions hier, le Parrain de la F1 a été destitué. Bernie Ecclestone ne commandera plus aux lendemains de la discipline reine du sport automobile, après une bonne trentaine d'années d'un pouvoir total et absolu... ou presque.

J’ai été remercié aujourd’hui. Je pars, c’est tout. Il n’y a rien d’autre à dire. Je ne suis plus le leader de la compagnie. J’ai été remplacé par Chase Carey. (B. Ecclestone)

Maître incontestable mais souvent contesté de la F1, Tonton Bernie avait lui-même commencé à scier la branche depuis laquelle il toisait « son » sport en en vendant les actions à la société Liberty Media. Un acheteur venu d’Outre-Atlantique qui prévoyait – selon les dires de l’octogénaire britannique – de le conserver au sein de sa structure décisionnaire, sans pourtant préciser la nature de son éventuelle fonction. Un voeu pieu qui n’aura duré que le temps de finaliser l’acquisition définitive de la discipline.

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Le Roi est mort, vive le Roi a-t-on coutume de dire… Bienvenue donc à Chase Carey qui occupera le poste de Directeur Général en lieu et place de Bernie. Un Directeur Général qui succède à un chef qu’on pourrait presque qualifier de mafieux tant le vieux nabot grisonnant régnait sur la F1 avec une poigne de fer et avec force manipulations et aumônes sous conditions. Après plusieurs décennies de pouvoir absolu, le tonton flingueur devenu milliardaire pourrait officier à titre de conseiller, dans une fonction purement honorifique, bref être payé à regarder les autres s’amuser avec son jouet, son bébé.

Car, si le personnage s’était révélé plutôt imbuvable, retournant sa veste plus vite qu’un Antonio Brachetti en grande forme, au gré de ses intérêts et aux dépends de ceux des autres, parfois même de ses propres « lieutenants » – n’est-ce pas Mr. Mosley – échappant à l’une ou l’autre condamnation pour corruption grâce à son arme de prédilection, l’argent; il faut lui reconnaître de nombreux mérites.

C’est en effet à Bernie Ecclestone que l’on doit l’essor de la F1, sa professionnalisation et son immense aura qui en ont fait la vraie discipline reine des sports mécaniques, transformant une compétition de préparateurs de Sa Majesté – principalement – en plus grand show télévisé du monde, en comparaison de la coupe du Monde de football ou des jeux Olympiques qui ne se tiennent eux que sur trois semaines tous les 4 ans. contribuant – en toute réciprocité – à conforter l’aura de Ferrari, à développer la dimension de McLaren ou faire la fortune de Williams… En outre, pour le bien de son bébé, combien de fois n’a-t-il pas mis la main à la poche pour sauver telle ou telle équipe, manipulé les motoristes pour assurer à tous un bouilleur derrière le baquet. Il a su également garder le cap et la tête hors de l’eau après l’ère des cigarettiers fin des années 90 et l’exil des grands constructeurs dans les années 2000. Enfin il aura ouvert la voie de destination exotiques avec plus ou moins de réussite pour un sport jusqu’alors principalement européen : Inde, Malaisie, Chine, Corée, Barheïn, Abu Dhabi, Singapour…

Mais enfermé dans ses vieux réflexes et incapables de réellement se renouveler, il aura également plombé la F1 dans un mode de fonctionnement quasi féodal, ne parvenant pas à prendre le train de la numérisation et des réseaux sociaux en route. Un latence stratégique qui valent à la discipline de se débattre pour maintenir son titre honorifique de catégorie reine. Plutôt que de réellement révolutionner son sport, le vieux lion a préféré étouffer les sports concurrents, WRC, Endurance, Le Mans etc. Mais plus « petits » ces derniers ont su s’adapter et retrouver un élan dynamique et positif aux yeux de la génération Y et de la suivante.

Une page se tourne donc pour la F1 et probablement – de façon indirecte – pour le sport automobile. Reste à voir si les nouveaux patrons américains seront capables d’insuffler à nouveau une dynamique positive et de conquête à un sport qui en a bien besoin, sans pour autant renier ses valeurs fondatrices de technologie et de défi de pilotage. L’avenir nous dira donc si cette destitution de Bernie Ecclestone sera salvatrice pour la F1 ou pas. Mais l’Histoire a démontré en tous domaines que – le plus souvent – la chute d’un tyran ou d’un dictateur est suivie d’une période trouble et instable.

Chez Liberty Media, le discours se veut positif bien entendu, comme le confie Greg Maffei, PDG de Liberty Media Corporation : « Nous sommes ravis d’avoir achevé l’acquisition de la F1 et que Chase prenne les fonctions de directeur général.

Il y a une énorme opportunité pour faire grandir le sport et nous sommes confiants que Chase, avec ses capacités et son expérience, est la bonne personne pour cela. Je tiens à remercier Bernie Ecclestone, qui devient président honoraire, pour son immense succès dans la construction de ce sport à portée mondiale. »

De son côté, Bernie Ecclestone jette un regard lucide et un brin nostalgique sur son oeuvre : « Je suis fier de l’entreprise que j’ai construite au cours des quarante dernières années et de tout ce que j’ai réalisé avec la Formule 1, et je tiens à remercier tous les promoteurs, les équipes, les sponsors et les compagnies de télévision avec lesquels j’ai travaillé. »

Il ajoute : « Je suis très heureux que l’entreprise soit acquise par Liberty, qui a l’intention d’investir dans l’avenir de la F1. Je suis sûr que Chase va exécuter son rôle d’une manière qui profitera au sport. »

Nouvel homme fort désormais, Chase Carey est conscient du challenge qui se présente à lui et l’aborde de manière positive : « Je suis enthousiaste à l’idée d’assumer le rôle de directeur général. La F1 a un énorme potentiel avec de multiples opportunités inexploitées, et j’ai beaucoup aimé écouter les fans, les équipes, la FIA, les promoteurs et les sponsors sur leurs idées et leurs espoirs pour le sport.

Nous allons travailler avec tous ces partenaires pour améliorer l’expérience de course et ajouter une nouvelle dimension au sport et nous sommes impatients de partager ces plans supplémentaires.

Je voudrais remercier Bernie pour son leadership au cours des décennies. Le sport est ce qu’il est aujourd’hui grâce à lui et à l’équipe talentueuse qu’il a dirigée, et il fera toujours partie de la famille F1.

Son rôle de président honoraire est à la hauteur de sa formidable contribution au sport et je lui suis reconnaissant pour sa perspicacité et de ses conseils continus pendant que nous construisons la F1 pour un succès à long terme. »

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