FCA (Fiat Chrysler Automobiles) Belgium nous a déjà permis dans le passé de tester plusieurs de leurs modèles à travers des road trips débutant à chaque fois à Turin, au siège du groupe. Après l’Alfa Romeo 4C et la Fiat Tipo, il est maintenant temps pour nous de traverser les Alpes avec non pas une, mais bien deux voitures, et pas des moindres.

Fraîchement renouvelée, la Jeep Grand Cherokee nous a été prêtée dans sa version CRD de 250 chevaux et dans une déclinaison un peu plus exotique, embarquant le célèbre… V8 HEMI, tout droit sorti des ateliers SRT.

Après une nuit réparatrice au cœur d’un pan de l’histoire industrielle de l’Italie – l’usine originelle de FIAT reconvertie en hôtel, entre autres – nous voilà prenant possession de nos montures pour un trip qui s’étalera sur deux journées, de Turin à Bruxelles avec une étape à Dijon. Comme on peut l’imaginer, point de départ sans accord sur le fait que chacun passerait une journée dans le SRT et l’autre dans le CRD ou inversement.

NP 0987 - Essai : Jeep Grand Cherokee CRD & SRT
© Nathan Paternotte

Nous laissons donc à notre jeune collègue le plaisir de débuter le périple au volant du bolide rouge et son V8 aux vocalises gutturales et nous installons dans l’habitacle confortable de son « jumeau » gris. Premier constat, si l’on reste dans une américaine, les efforts sur la finition sont  louables : planche de bord, volant et sièges gainés de cuir, finition façon alcantara sur les montants de pare-brise et le ciel de toit… Certes, subsistent encore des plastiques parfois “plastoc” sur les parties basses de la planche de bord ou de la console centrale ou l’insert du volant. Mais globalement, on est très bien installé, les réglages électriques du volant et du siège permettant de trouver une position de conduite idéale, presque au point de nous faire oublier que l’on siège à bonne hauteur.

Avant d’aller plus loin, terminons-en avec les petits bémols – communs aux deux versions – qui concernent  le système de navigation qui manque d’intuitivité et vous emmène parfois à bon port via des itinéraires  inutilement alambiqués.  Enfin, la position des palettes de la boîte de vitesses imposent une position trop haute des mains sur le volant à notre goût, surtout en cas de conduite dynamique sur des routes sinueuses. Au delà de ces aspects pratiques, force est de constater que le porte drapeau de la gamme Jeep tient bien son rang.

NP 4965 - Essai : Jeep Grand Cherokee CRD & SRT
Prévenante, la CRD propose deux réglages de châssis – normal et sport – et offre la possibilité d’opter pour le tout automatique ou les changements manuels de rapports, via le levier ou des palettes au volant. Douce et progressive, la boite auto à 8 rapports égrène les vitesses en douceur et ne génère que très peu d’à-coups lorsqu’on évolue à très basse vitesse.  Une douceur qu’on retrouve du côté du V6 turbo diesel. Avec 570 Nm à 2000 tr/min, on ne manque jamais de ressources et les 250 ch s’expriment dans une sonorité agréable, seules les phases à froid ou en pleine charge rappelant que nous avons un bouilleur à combustion spontanée sous le capot. On en oublierait presque qu’on est au volant d’un mastodonte de 4,80m de long pour près de 2,4 tonnes en ordre de marche. Une masse imposante qui se rappelle à votre bon souvenir dans les virolos des cols de montagne que nous avons empruntés lorsque les freins font sentir quelques effluves significatives de plaquettes en surchauffe. Mais entendons-nous bien, si l’endurance peut être mise à mal dans ce genre de conditions, ce n’est que parce que nous avons tenté de suivre la SRT dans un exercice finalement contre nature. Pour les férus de conduite dynamique, nous conseillons d’opter pour le réglage Sport du châssis qui permet une meilleure tenue de caisse. Alors, se faire plaisir sur des départementales rapides alternant portions sinueuses et grandes lignes droites ne posera pas le moindre problème – que du contraire – et ce de jour comme de nuit, l’efficacité des phares n’ayant jamais constitué un frein à nos élans. Le tout dans un confort de haute tenue, bercés par la qualité de l’installation audio Harman Kardon qui  distille un son limpide, même aux plus haut volumes.

jeep grand cherokee 07 - Essai : Jeep Grand Cherokee CRD & SRTÉquipée d’une suspension à hauteur variable et de rapports courts, notre Jeep Grand Cherokee CRD nous a démontré que la réputation du constructeur américain n’est pas usurpée. Confrontés à un col fermé pour passer d’Italie en France, nous avons tenté un détour par des chemins de traverse – parfois fort peu carrossables – dont certaines portions étaient encore couvertes d’une couche de neige verglacée de 10 à 15 centimètres. Pas de quoi arrêter notre baroudeuse. Si nous avons dû rebrousser chemin, c’est uniquement parce que la SRT ne pouvait suivre, dépourvue elle de rapports courts et chaussée de gommes hiver encore plus larges, 295 au lieu de 265.

Du côté du SRT, déjà séduites par la sonorité à l’échappement du gros V8 6,4l,  les esgourdes continuent à vibrer une fois au volant. Très souple – 624 Nm à 4100 tr/min, mais déjà bien assez dès 2000 tr/min – le fameux HEMI enthousiasme par son élasticité remarquable et son allonge autant que par sa sonorité tantôt douce tantôt rageuse et le sentiment de sécurité que sa patate – 468 ch tout de même – inspire lors de dépassements express. Lui aussi équipé d’une boite auto à 8 vitesses, le Grand Cherokee SRT offre davantage de plaisir lorsqu’on prend la main sur les changements de rapports, ces derniers s’avérant rapides et fluides tout en réservant un bon coup de pied aux fesses quand on sollicite la mécanique à fond.

jeep grand cherokee 04 - Essai : Jeep Grand Cherokee CRD & SRT
Nettement plus rigoureuse que la CRD, la SRT offre une tenue de route très efficace et incite à l’arsouille. À plus forte raison quand on se rend compte que ses freins signés Brembo répondent bien présents et ne laissent jamais de sentiment de faiblesse. Mais en bonne américaine, elle peut également vous contenter sur un filet de gaz, en mode cruising. L’occasion de scruter davantage l’habitacle qui présente des sièges au maintien renforcé, le recouvrement de la partie supérieure en alcantara noir  est du plus bel effet et la vue sur les ouïes du capot vous dessine un large sourire que partagent les badauds dès que vous titillez un peu la pédale de gaz. Et c’est là un enseignement supplémentaire de ce voyage : contrairement à ses homologues premium teutons, le Jeep Grand Cherokee SRT ne suscite aucune réaction négative, que du contraire. L’aura positive du constructeur américain est toujours bien vive.

jeep grand cherokee 14 - Essai : Jeep Grand Cherokee CRD & SRT
Au terme de notre périple, les conclusions sont réjouissantes. Que ce soit en CRD ou en SRT, le Grand Cherokee est un compagnon de voyage très agréable, performant et confortable, tout en y ajoutant une dimension pratique grâce à son habitabilité généreuse et un coffre vaste et bien dessiné. En sus, fidèle à la tradition US, nos modèles étaient très bien équipés dans leurs finitions respectives – Summit pour le CRD et l’équivalent amélioré pour la SRT – et rien ne manquait à l’appel.

jeep grand cherokee 16 - Essai : Jeep Grand Cherokee CRD & SRT
Par contre, contrairement aux idées reçues, nos Grand Cherokee ne se sont pas révélés gloutons outre mesure. En dépit d’une conduite enjouée, le diesel n’a réclamé que 11l de moyenne et peut descendre sous la barre des 10l sans problème tandis que le SRT a bouclé le trajet avec une moyenne de 13,3l .

Essai rédigé en collaboration avec Nathan Paternotte.