Les belges autour du monde

Guillaume De Ridder : « Le Rallycross, la synthèse parfaite ! »

A 25 ans bien sonnés, Guillaume De Ridder fait partie de ces jeunes pilotes belges qui montent sur la scène internationale. Révélation 2017 du Rallycross RX2, « Rookie of the Year » RACB et ingénieur au sein du Renault Sport F1 Team, le Nivellois cumule les casquettes avec bonheur. De quoi entamer l'année 2018 à vitesse grand V.

A-M : Félicitations, vous voilà reparti pour une nouvelle saison en Rallycross ! 

Merci, c’est en effet une grande satisfaction ! Cela a été rendu possible en partie grâce au soutien de ZELOS avec qui j’ai prolongé mon partenariat pour plusieurs années. Après notre troisième place en 2017, l’objectif sera évidemment de viser le titre, cette fois-ci avec Olsbergs MSE. Et ça qui ne sera pas chose facile quand on voit le niveau affiché par la concurrence ! Je pense bien que le plateau 2018 sera l’un des plus relevés de l’histoire du RX2.

Un sacré défi en perspectives.

En effet, mais plus les challenges sont élevés, plus ça me plaît ! C’est ce qui me pousse à dépasser mes propres limites.

Qui seront les adversaires à tenir à l’œil ?

Les premiers à surveiller seront évidemment mes équipiers, Sondre Evjen et William Nilsson. Je suis certain qu’ils seront à nouveau très rapides cette année. Je songe aussi à Vasiliy Griazin sans compter les pilotes du Global Rallycross, le championnat nord-américain, comme Conner Martell qui avait donné pas mal de fil à retordre à Cyril (Raymond, sacré champion RX2 2017, ndlr.). Mais l’un des favoris reste Dan Rooke. Vu qu’il a terminé vice-champion l’année passée, il sera mon principal adversaire.

Vous sortez d’une année charnière. Meilleur espoir RACB, meilleur espoir en RX2, vice-champion de la SRX Cup. Votre saison la plus aboutie ?

Absolument, je la qualifierais même d’exceptionnelle ! Je suis le premier surpris du résultat car je ne m’attendais pas à débarquer dans une discipline qui m’était inconnue et atteindre ce niveau ! La SRX Cup a également été un bon tremplin, dans le sens où j’ai pu bénéficier de roulage à moindre coût pour m’habituer aux ficelles de la série tout en profitant d’une bonne visibilité en Belgique.

Fin décembre, vous recevez le RACB Award du meilleur espoir de l’année. Qu’est-ce que cela représente pour vous ?

C’était une magnifique reconnaissance de la part du RACB et du sport automobile belge. Il a m’a fallu beaucoup d’années de travail et d’investissements pour en arriver là. De plus, le fait que ce titre soit “toutes disciplines confondues” démontre que le Rallycross commence à prendre une place importante en Belgique.

Les honneurs du RACB, en décembre 2017 (© Letihon)

Début 2017, vous étiez pourtant proche de faire une croix sur la course.

Effectivement, je m’étais résigné à arrêter ma carrière suite à la déception du projet Skoda R5. Après nous avoir fait miroiter longuement ce volant et malgré le respect de leurs (multiples) exigences, les personnes en charge du projet ont décidé de favoriser l’aspect financier en portant leur dévolu sur un jeune pilote sans expérience, à la surprise de beaucoup.

Je me suis dit alors que le jeu n’en valait plus la chandelle et que tous les sacrifices de mon entourage et moi-même ne seraient jamais justement récompensés. Néanmoins, la passion à très vite repris le dessus car trois semaines plus tard, je ne pensais déjà plus qu’à remonter dans une voiture de course. C’est à ce moment-là que j’ai croisé la route de Freddy Tacheny, le CEO de ZELOS mais également propriétaire du circuit de Mettet et promoteur de la manche belge du championnat du monde de Rallycross. Le feeling est directement passé entre nous et mon profil atypique lui a tout de suite plu. Mais outre son envie personnelle de m’aider, il était clair qu’une implication en Rallycross présentait un intérêt tout particulier et serait bénéfique pour les deux parties. De mon côté, ça faisait deux ans que j’avais envie de m’essayer à cette discipline tout aussi spectaculaire qu’attrayante.

Vous disiez avoir « gagné au change » en quittant le rallye où vous évoluiez depuis 2013. Expliquez-nous.

Le rallye est une discipline que j’apprécie énormément et qui m’a permis de devenir un pilote plus complet. Par contre, je dois bien avouer que le « close racing » et la bagarre en peloton me manquaient. Le Rallycross est donc une discipline qui me convient à 100% ! C’est une synthèse parfaite des différentes catégories où j’ai roulé par le passé, sur des surfaces différentes, avec du porte à porte en peloton, de la stratégie de course et un pilotage nécessitant beaucoup de précision, comme en karting.

De l’extérieur, la compétition semble très relevée. Vous confirmez ?

Effectivement ! Même si la discipline n’est pas encore connue de tous, le niveau y est déjà extrêmement haut. Il n’y a qu’à regarder les écarts entre pilotes… ça se joue au dixième de seconde sur 4 ou 6 tours ! Entre les pilotes ayant fait toutes leurs classes dans les catégories inférieures, voir supérieures, de la discipline et les pilotes venant du rallye ou du circuit, il n’est pas étonnant de voir un tel niveau à ce stade de la compétition.

Viry-Châtillon, il y a pire comme de lieu de travail ! (© Renault Sport)

Parlons de votre autre facette : ingénieur chez Renault Sport Racing. Comment s’est présentée cette opportunité ?

Dans le cadre d’un programme de double diplôme, j’ai suivi un apprentissage en alternance, mêlant périodes à l’école et périodes en entreprise, à l’IFP School de Paris. Afin de pouvoir intégrer ce master complémentaire, il me fallait trouver un partenaire industriel prenant en charge les frais de scolarité, et chez qui je puisse aller faire mon apprentissage. Après quelques entretiens d’embauche, mon profil de pilote et surtout de passionné a joué en ma faveur. J’ai donc entrepris mon apprentissage au sein de l’écurie française de F1, avant de signer un CDI dans la foulée.

Vous faites partie du programme F1 d’un grand constructeur, le rêve de beaucoup. 

A l’époque, je m’étais lancé dans mes études d’ingénieur avec un seul objectif en tête : arriver un jour en Formule 1. C’est chose faite et chez un constructeur de légende ! Je suis conscient de cette chance que j’ai de pouvoir débuter ma carrière professionnelle dans un tel environnement. J’occupe actuellement le poste d’ingénieur simulation et j’ai pour mission d’améliorer les performances du groupe-propulseur, soit en optimisant le moteur existant, soit en proposant de nouveaux concepts. La simulation nous sert ensuite à estimer les gains liés à ces modifications, et donc à savoir si celles-ci se retrouveront un jour ou non dans la voiture.

En quoi votre fonction d’ingénieur influence-t-elle votre job de pilote ?

Mon background d’ingénieur m’aide à mieux comprendre les phénomènes physiques et le système de fonctionnement de toute la voiture. Je pense que cela me permet de la mettre plus rapidement au point et de savoir directement dans quelle direction aller. Quand je discute avec mes ingénieurs, je parviens à leur décrire précisément le comportement de la voiture et à les aiguiller assez vite vers une solution, où même leur en proposer une moi-même.

En tant qu’ingénieur, quel regard portez-vous sur l’évolution technologique de la F1 moderne ?

Les F1 sont le summum de la technologique ! C’est un milieu en constante et rapide progression car les budgets investis par les constructeurs permettent de lever bon nombre de contraintes et d’envisager des solutions novatrices. Et c’est aussi un superbe environnement pour apprendre et progresser, chaque jour qui passe…

Merci beaucoup, Guillaume, et bon vent pour 2018 ! 

Les couleurs belges sur le podium (à Trois Rivières en 2017), une vision prémonitoire ? (© DR)

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