En marge des 3 Heures de Silverstone le weekend dernier, nous avons rencontré Laurent Gaudin, Manager de l'Endurance Cup et des Total 24 Heures de Spa pour faire le point sur ce début de saison et la préparation de la septantième édition du double tour d'horloge spadois.

  • Les changements et le plateau de l’Endurance Cup

Avec un plateau qui se maintient à une bonne cinquantaine de voitures au départ, le succès de la Blancpain GT Series Endurance Cup ne se dément pas, que du contraire. Et ce malgré la limitation à 26 concurrents de la catégorie « reine » Pro Cup, qui dépassait la trentaine d’engagés la saison dernière. Une limitation à propos de laquelle Laurent Gaudin précise : « Dans les championnats SRO, un changement de cette ampleur n’intervient jamais sans la concertation et l’assentiment de l’ensemble des équipes. On peut donc en conclure aisément que cette nouvelle donne a été accueillie positivement. »

À ceux qui arguent que ce changement n’a été accepté qu’en contrepartie de la création d’une Silver Cup – déjà présente en Sprint Cup, ndlr – le Français rétorque : « Alors là, pas du tout ! L’ajout de la Silver Cup en Endurance répond lui aussi à une réalité constatée ces dernières saison : les pilotes Silver, majoritairement des jeunes issus d’autres compétitions et désireux de donner un nouvel élan à leur carrière, de s’ouvrir de nouvelles opportunités, sont de plus en plus nombreux. Et dans un même temps, les Bronze sont moins présents aussi. Les Silver vont, pour la plupart, de plus en plus vite, sont davantage recherchés par les équipes. Ce sont généralement des semi-pros, qui apprennent et progressent rapidement et donc, nous avons répondu, là aussi, à une demande du marché. »

En corollaire, le nouveau système de qualifications émane lui aussi d’une étude pointue du marché : « Nous avons effectué des sondages, des études de marché, eu des réunions avec les équipes et les pilotes, et il en est ressorti qu’impliquer tous les membres de chaque équipage était la solution idéale. Désormais, chacun doit travailler, se cracher dans les mains pour faire un temps, et plus simplement faire deux tours pour dire qu’on a roulé. Le résultat des qualifications dépend de tous les pilotes de la voiture et c’est plus valorisant pour chacun et plus équitable également. La résultante, je pense que cela s’est constaté dès Monza, est une hausse du niveau global du championnat. »

© Emil Frey Lexus Racing

À contrario, la catégorie Am reste le « parent pauvre » du plateau. Une réalité qui n’est pas nouvelle et que Laurent Gaudin explique aisément : « Si on veut bien regarder les chiffres depuis le lancement des Blancpain GT Series, en Endurance Cup, le nombre de voitures engagées en Am Cup a toujours varié entre 5 et 8 GT3. C’est une constante qui découle de la philosophie des pilotes amateurs : je roule seul ou avec un pro. C’est comme ça, et ce n’est pas nous qui allons pouvoir y changer quoi que ce soit. Il est vrai que les séries Blancpain n’ont pas une connotation « pilote amateur ». Cet hiver, beaucoup ont dit – que ce soit directement ou via les réseaux sociaux et autres forums – il n’y aura plus d’amateurs en Blancpain, ils préfèreront rouler dans d’autres championnats européens. J’ai jeté un oeil au listes des engagés des autres séries continentales, et à moins que je ne sache plus lire, je n’ai pas constaté d’augmentation significative du nombre de pilotes Bronze dans leurs rangs non plus. »

  • Les 24 Heures de Spa, clap 70 !

Grand artisan du succès des 24 heures de Spa depuis l’introduction de l’ère GT, et plus particulièrement avec l’introduction du GT3, Laurent Gaudin a à coeur d’améliorer encore ce grand spectacle que constitue l’épreuve phare des compétitions SRO. Forcément, pour une septantième, le défi s’annonce encore plus ardu !

« Soyons clairs, le timing et le programme des 24 Heures est déjà bien chargé depuis de nombreuses années. Entre la parade, les GT3 et les séries annexes, il n’y a pas vraiment de place pour une grande nouveauté ou une révolution. Le gros du travail tient à peaufiner ce qui existe déjà, à améliorer ce qui peut l’être pour rendre l’événement plus attractif sur différents aspects. Mais, bien entendu, nous préparons deux trois surprises, toujours avec en fil rouge la proximité entre le public et les acteurs de la course et l’épreuve elle-même. »

Quant au public et à la fréquentation du paddock et des travées du circuit, l’homme fort des 24 Heures se veut très clair : « Contrairement aux promoteurs ou aux managers des circuits, je n’annonce que très rarement des chiffres de fréquentation. Soyons clairs, avoir du monde est important, mais ce qui m’intéresse au plus haut point, c’est la satisfaction des gens présents plus que leur nombre. Mais il n’en reste pas moins que la réalité est la suivante : les 24 Heures de Spa, en termes de spectateurs, sont le deuxième événement le plus fréquenté de la saison, derrière la F1 qui profite de l’effet Verstappen. »

Nous permettant une petite digression, Laurent ajoute, au sujet de ce qui pourrait être transposé des 24 Heures aux autres épreuves du championnat : « Chaque course, chaque circuit possède une philosophie spécifique. Que ce soit par la durée de l’épreuve déjà, 3 heures, 6 au Paul Ricard ou 24 à Spa. C’est un élément qui change beaucoup l’état d’esprit du spectateur qui va se rendre au circuit, mais ça influe également sur l’approche des équipes, des sponsors, des partenaires etc., notamment sur le plan des structures, des réceptifs, du personnel présent. C’est différent à chaque fois. »

« Spa, c’est différent, il y a une convivialité, une vie, un espace occupé qui sont très spécifiques. Un esprit très particulier qu’on ne retrouve nulle part ailleurs. Pas même au Ricard qui a pourtant, lui aussi, ce côté « nuit » assez magique. Le Ricard s’adresse davantage aux VIP, là où Spa touche plus le grand public, les vrais fans de sport automobile. Mais bon il reste évidemment des points sur lesquels nous n’avons malheureusement pas de prise, comme la distance des parkings, les infrastructures elles-mêmes, qui relèvent des propriétaires des circuits. C’est un aspect mal compris du public, le plus souvent. »

Sur un plan plus sportif, les prochaines 24 Heures de Spa ne manqueront pas d’intérêt, avec l’arrivée, entre autres, d’un nouveau constructeur, Honda : « Je ne voudrais pas que l’on résume les prémices des 24 Heures à la présence de Honda. Bien entendu, nous sommes ravis de les accueillir et de voir le retour d’une GT Honda 25 ans après la participation d’une NSX en 1993. Mais n’oublions pas que la NSX GT3 ne sera pas la seule voiture à débuter dans une course de 24 heures puisque nous aurons également la nouvelle Bentley, la Lexus ou la Nissan qui a évolué profondément, autant de voitures qui arrivent avec une nouvelle homologation. Mais la présence de la Honda en Pro-Am ajoute de l’intérêt à une catégorie qui n’en manque déjà pas. »

© GRT Grasser Racing Team
  • Le GT3 en déclin, quel déclin ?

En parlant de nouvelles voitures – et ne sachant pas encore au moment de l’interview que la Lexus monterait sur le podium et que la Bentley aurait le tour le plus rapide – Laurent Gaudin prend plaisir à démontrer tout le bien fondé de la BoP : « Les performances des Aston Martin ou de la Jaguar à Monza montrent la qualité du travail fourni sur la Balance de Performances. La BoP est là pour que toutes les voitures, de toutes les générations, puissent se battre à armes le plus égales possibles. Personne n’a jamais dit aux constructeurs, si vous faites une nouvelle voiture ou que vous apportez telle ou telle évolution, vous serez plus rapides. Non, ce n’est pas du tout notre philosophie et c’est aussi la clé de notre succès. »

Un message clair aussi à ceux qui se laisseraient tenter par une course à l’armement et à l’inflation du prix des voitures : « Il n’y a pas de règle prédéfinie en sport automobile. Je fais du GT3 depuis dix ans et le constat est que ceux qui ont fait une voiture trop chère – en termes de prix d’achat ou de coût d’exploitation – n’ont pas vendu de voitures ou très peu. Mais la notion de voiture trop chère est à relativiser. Certaines GT3 qui ont un prix très élevé – comme la Ferrari – se sont très bien vendues. Ce qui va intéresser les équipes, les pilotes, c’est une voiture sur laquelle les ingénieurs vont pouvoir travailler, qui va être confortable à exploiter et avec laquelle le pilote prendra du plaisir et pourra se battre pour de bons résultats. C’est un tout, le prix doit être en rapport avec l’image de marque du constructeur, les qualités techniques, les performances, la fiabilité de la voiture, les coûts de maintenance. Il n’y a pas de vérité unique en sport automobile, pas davantage en GT3. »

Et de glisser, cinglant : « J’entends sans arrêts tout un tas de gens, qui se prétendent spécialistes ou non, et qui le sont ou pas, affirmer que la catégorie GT3 est trop chère et qu’elle va se planter. Aujourd’hui, je m’interroge, et je les interroge : quelle catégorie en sport automobile peut se targuer d’avoir douze constructeurs et deux préparateurs privés (Emil Frey avec la Jaguar et Callaway avec la Corvette, ndlr) impliqués, des championnats aux quatre coins du monde et un plateau de plus de 50 voitures au départ à chaque course comme c’est le cas depuis plusieurs années en Blancpain ? Que ce soit le LMP1, le LMP2, le LMP3, le GTE, ou même le TCR par exemple, aucun ne peut y prétendre. Alors, oui, peut-être que le GT3 implosera un jour. Mais au vu des éléments qui sont à ma connaissance, ce n’est probablement pas pour demain. Le sport automobile est cher. C’était vrai hier, ça l’est aujourd’hui et ce le sera encore demain. Regarde même le LMP1. On disait la catégorie morte, il n’y a pourtant jamais eu autant de voitures privées que cette année, pour un seul constructeur. Le LMP2 s’est planté ? Il me semble que le plateau est tout sauf ridicule cette année. Bref, les exemples ne manquent pas. Et puis, il faut bien se dire une chose, le sport de haut niveau est cher et le restera toujours. Mais le monde du luxe, du haut de gamme ne s’est jamais aussi bien porté qu’aujourd’hui, malgré la crise. Tant que les championnats proposeront à leurs clients un produit attractif dans lequel ces derniers trouveront ce qu’ils sont venus chercher, le prix en soi ne sera pas un problème. »

Cela dit, il relativise également : « Bien entendu, il faut rester vigilant. Tu ne pourras jamais empêcher un constructeur de dépenser des fortunes pour développer une super voiture et la vendre à prix d’or. Après, qu’il en vende ou pas n’est pas de notre ressort, mais la BoP fera son oeuvre. Notre rôle est de veiller à ce que les coûts d’exploitation restent limités, avec un manufacturier de pneus unique et un nombre de trains limités, avec des aménagements, comme le temps imposé pour les ravitaillements, qui a limité la course au développement dans ce domaine, qui coûtait beaucoup d’argent, etc. »

Notons que la rumeur, non démentie par notre interlocuteur, annonce une treizième marque représentée au départ des 24 Heures, avec la possibilité d’y voir la Jaguar, cette dernière devant alors bénéficier d’une prolongation de son homologation. Seraient alors représentés : Aston Martin, Audi, Bentley, BMW, Ferrari, Honda, Jaguar, Lamborghini, Lexus, McLaren, Mercedes, Nissan et Porsche. Pas mal pour une catégorie en voie de disparition non ?!  En outre, le programme des festivités musicales a été dévoilé et en voici l’affiche :