En charge du Team Bentley M-Sport, Matthew Wilson ne le cache pas, remporter les Total 24 Heures de Spa constituerait un aboutissement pour la marque ailée et l'équipe britannique. Au cours des dernières années, l'écurie Bentley Team M-Sport a réalisé de considérables progrès sur les Total 24 Hours of Spa.

En 2017, grâce à la Continental GT3 #8 de Maxime Soulet, Vincent Abril et Andy Soucek, l’équipe a signé son meilleur résultat sur la classique d’endurance belge en terminant à 11 secondes seulement de l’Audi victorieuse.

Naturellement, après ce qui avait été accompli dans les Ardennes, les sentiments de fierté et de satisfaction étaient forts. Mais, comme l’explique Matthew Wilson, team manager chez Bentley Team M-Sport, cela a également renforcé la détermination de l’équipe à monter sur la plus haute marche du podium, le plus rapidement possible.

« Plus on se rapproche de la victoire, plus cela obsède », déclare Matthew Wilson, dont l’équipe espère faire mieux lors de la 70ème édition de l’emblématique épreuve qui se déroulera le mois prochain. « Pour nous, être à 11 secondes de la victoire l’an dernier … ce n’est rien, mais cela aurait pu aussi bien être un million de miles. »

Bien que les 24 heures proprement dites se déroulent du 28 au 29 juillet, pour les équipes engagées, Spa est un projet qui se construit tout au long de l’année. Comme l’explique Wilson, Spa ne quitte presque jamais ses pensées.

« À partir du moment où la course se termine, nous commençons déjà à penser à la suivante.  Nous avons la liste de ce qui s’est bien passé, de ce qui ne s’est pas bien passé et de ce que nous aimerions faire différemment. On y pense immédiatement. Ensuite, on attaque la saison de la Blancpain GT Series, et quand quelque chose se passe à Monza ou à Silverstone, on se dit :  il faudra régler cela avant Spa. Donc, on garde toujours Spa à l’esprit. »

Trois épreuves de la Blancpain GT Series Endurance Cup précèdent les Total 24 Hours of Spa, dont les récents 1000 km du Circuit Paul Ricard. Cette épreuve longue distance est particulièrement importante pour les équipes et les pilotes dans la préparation du point d’orgue de la saison.

« Pour le Circuit Paul Ricard, nous essayons d’avoir les mécaniciens et les ingénieurs qui seront à Spa », explique Wilson. « C’est vraiment une bonne préparation car la course permet de rouler en passant de la lumière du jour à l’obscurité. Il y a aussi le « pitstop joker » que tout le monde peut expérimenter au Circuit Paul Ricard, donc juste avant d’aller à Spa. Nous essayons vraiment d’utiliser cette course au mieux pour notre préparation. » 

Chaque équipe peut utiliser une fois un pitstop joker lors de l’épreuve de six heures sur le Circuit Paul Ricard, alors que sur les Total 24 Hours of Spa, il y en a quatre. Matthew Wilson ajoute que le pitstop joker pourrait s’avérer décisif, et toute son équipe travaille d’arrache-pied pour en tirer le meilleur parti.

« Pendant les courses de trois heures, les mécaniciens ont amplement le temps de changer les pneus, mais avec le joker, ils devront être très rapides. Leur entraînement est donc axé sur Spa et il sera un peu plus intense cette année, d’autant plus que nous ne participons pas à la Sprint Cup. »

Ce travail est clairement payant. Lors des récents 1000 km du Circuit Paul Ricard, les Britanniques ont parfaitement utilisé leur pitstop Joker pour faire remonter la Continental GT3 #7 au classement, après quoi ils se sont battus pour la victoire finale.

L’équipe a été mise en échec dans le tout dernier tour de la course, mais le niveau de développement depuis le lancement de la nouvelle version de la voiture en début d’année a été impressionnant. Tout en sachant que l’exploitation d’une nouvelle voiture sur les Total 24 Hours of Spa ne sera pas simple, Wilson pense que son équipe est bien préparée pour cette tâche.

« Nous devrons relever de gros challenges, » dit-il. « Nous avons fait énormément d’essais et je pense que nous pouvons être globalement très satisfaits (je touche du bois!) de nos performances.

« Nous savons que nous avons des améliorations à apporter avant Spa, notamment à propos de la fiabilité, mais la difficulté réside dans le fait que la course est bien différente d’une séance d’essais. Vous pouvez faire autant d’essais que vous voulez, mais tant que vous n’aurez pas mis la voiture sur la piste avec 50 autres, vous ne saurez pas où vous en êtes. Il y a toute une somme de petites choses que l’on ne peut pas anticiper avant d’avoir participé à une course de 24 heures. C’est pourquoi ces courses sont uniques. »

Avec Spa désormais en ligne de mire, l’équipe se prépare pour la journée officielle de tests sur le circuit des Ardennes qui se déroulera dans une semaine (3 juillet).

« L’essentiel est que les voitures puissent être remises totalement en condition avant Spa. Nous nous efforçons de mettre la voiture à nue, de tout inspecter pour ensuite la remonter », explique Wilson. « Nous essayons de faire cela avant le test, car c’est un moyen de bien se positionner pour la course.

« La principale préparation se déroule durant la semaine de Spa », poursuit-il. « Alors que l’on s’efforce d’être aussi prêts que possible, nous essayons toujours de lâcher les membres de l’équipe (du circuit) au plus tôt. Si nous pouvons terminer à cinq heures et demie, au lieu de traîner jusqu’à huit heures, nous le faisons afin de leur permettre de se reposer le plus possible.

« Généralement, il y a plus de personnel qu’à l’habitude. Il y a des physiothérapeutes, des personnes qui s’occupent des pilotes, d’autres qui font la lessive. A Spa, il y a l’équipe de base habituelle mais aussi du personnel supplémentaire. Il s’agit de s’assurer que l’organisation est cohérente mais aussi que l’on est prêts. »

Une course de 24 heures se joue dans les petits détails. La plupart des équipes peuvent mettre une voiture rapide sur la piste avec des pilotes talentueux derrière le volant, mais remporter une épreuve aussi exigeante signifie d’en maîtriser le moindre aspect. Pour Wilson, cette approche est essentielle.

« Chaque personne est indispensable », dit-il. « Les gars qui se chargent des pneumatiques travaillent sans arrêt ; ils ajustent et réajustent, chargent les armoires chauffantes, se ruent chez Pirelli. Chacun a un rôle, les préposés au carburant qui s’activent toute la nuit, la personne qui lave la combinaison des pilotes, ou celle qui les réveille. Il y a beaucoup de  logistique et d’organisation à gérer et de l’extérieur, vous n’y penseriez probablement pas », ajoute-t-il. « C’est très bien d’avoir le tableau de marche de Steven Kane, mais est-ce que quelqu’un a pensé à le réveiller ? »

Bien qu’il soit maintenant chargé d’une équipe d’endurance, Wilson est bien connu pour son passé de pilote de rallye, alors que l’équipe M-Sport s’est illustrée en rallye au niveau mondial.

Ceci, pense-t-il, leur donne un avantage supplémentaire en participant à des courses longue distance comme les Total 24 Hours of Spa.

« Dans le passé, le rallye était un sport d’endurance. Il pouvait y avoir trois jours, sinon plus, où vous pilotiez de nuit et où vous deviez préserver la voiture. Beaucoup de nos gars viennent du rallye et ont une bonne expérience de ce genre de choses. Ce n’est pas un problème pour eux de travailler la nuit car ils y sont habitués. Il y a beaucoup de points communs entre ce que nous avons vu et les rallyes « ancien format ».

Une belle performance sur le Circuit Paul Ricard en plus de celle dans les Ardennes l’an dernier, suggère que l’équipe Bentley Team M-Sport soit considérée comme un sérieux candidat à la victoire sur les Total 24 Hours of Spa cette année.

Que signifierait donc pour Wilson et son équipe de remporter une course aussi mythique ?
« Pour moi, ce serait tout. En tant qu’entreprise, nous avons connu des succès significatifs : nous avons remporté le Rallye de Monte Carlo, le Rallye de Finlande, le Championnat du monde Constructeurs et Pilotes mais aussi quelques grandes courses de la Blancpain GT Series.
Mais en tant qu’entreprise, du point de vue sportif, gagner Spa, ce serait tout. C’est la plus grande épreuve GT3 au monde et probablement la plus difficile des courses de 24 heures à gagner.
S’engager à Spa en sachant qu’un pourcentage important du plateau peut gagner la course, je pense que c’est cela le challenge. Ce serait énorme pour M-Sport d’ajouter une telle victoire à la liste de ses succès. »