Avec une belle bagarre pour intégrer le Top 20 et accéder à la Super Pole et quelques surprises, les qualifications ont levé le voile sur certaines inconnues tout en laissant quelques questions en suspend... Quels enseignements peut-on en tirer ?

Belle réussite pour la BoP
Avec dix des treize constructeurs engagés présents dans le Top 20, on peut parler d’un équilibre des forces quasi parfait. Si l’on considère que la Jaguar a manqué de peu le Graal et que Nissan est un peu passé à côté, pas aidé par les interruptions de séances et le trafic, seule la Honda était un ton en dessous. Quoi de plus normal pour une voiture qui ne fut présente qu’au Test Day et manque cruellement d’expérience avec les Pirelli. En outre, alignée en Pro-Am Cup, avec le nouveau système de qualifications, la nippone n’avait que peu de chances de figurer dans les vingt équipages les plus rapides (en moyenne).

Sur la moyenne des chronos, en qualifications combinées, on retrouve 13 voitures en moins d’une seconde avec huit modèles différents : BMW, Audi, Porsche, Mercedes, Lamborghini, Bentley et Aston Martin.

© SRO / Dirk Bogaerts Photography

Le meilleur chrono échoit à la BMW #34 du Walkenhorst Motorsport en performance combinée avec une moyenne de 1:19.155. La M6 GT3 ne pointant qu’au deuxième rang des performances absolues en 1:18.988, derrière Dries Vanthoor et l’Audi WRT #1 en 1:18.763.

En se basant sur la meilleure performance de chaque voiture, on retrouve tout de même 18 concurrents dans la même seconde avec dix marques représentées. On peut donc parler d’équilibre parfait, ou presque, sur un tour. La clé sera cependant de voir ce qu’il adviendra sur un relais complet.

Bonnes et mauvaises surprises
Clairement, personne n’attendait une BMW au sommet de la hiérarchie, encore moins celle du Walkenhorst Motorsport ! Pourtant, la voiture est taillée pour une piste comme Spa et a clairement bénéficié de la relative baisse des températures pour ces qualifications. Meilleur chrono combiné et deuxième temps absolu, la #34 constitue donc une belle surprise et devra être surveillée si les conditions climatiques ne sont pas trop chaudes.

Bien que dans le chapitre précédent, nous pointions le fait que la Honda NSX GT3 n’a pu intégrer le Top 20, il faut toutefois relativiser ce propos. Avec deux pilotes AM, il devenait compliqué de prétendre à la Super Pole. En effet, la meilleure performance combinée en Pro-Am Cup revient à la Mercedes #49 du RAM Racing qui pointe au vingt-cinquième rang en 2:20.716 et un meilleur chrono absolu en 2:20.200. La Honda n’a donc pas à rougir avec le quarante-neuvième rang certes mais un meilleur chrono en 2:19.883, soit seulement 1,12 s derrière le meilleur temps absolu de l’Audi #1. Pas mal du tout pour une voiture qui dispute là sa première épreuve avec les gommes Pirelli, tellement « spéciales » à comprendre. On peut néanmoins s’attendre à voir la belle nipponne se distinguer lorsque les deux Pros, Bertrand Baguette et Esteban Guerrieri, seront au volant, le bât blessant au niveau de leurs équipiers Patrese et Depailler pour espérer un bon résultat de catégorie à la régulière.

Une fois encore, Bentley souffle chaud et le froid avec une Continental GT3 rapide mais en mal de fiabilité… Si la #8 briguera la pole après avoir terminé sixième au « combiné » et que Maxime Soulet ait tourné en 1:19.204, quatrième chrono absolu. Moins de réussite pour la #7 qui s’élancera en fond de grille après que la belle anglaise ait refusé de démarrer en Q4. Voilà qui fait tâche pour une équipe qui figure pourtant parmi les favoris.

Enfin, généralement à l’aise dans l’exercice des qualifications, les Nissan n’ont pas brillé comme à leur habitude, échouant de justesse, au vingt-et-unième rang. Mais la GT-R #23 n’a pu faire mieux que 2:20.127, à 1,4 seconde du chrono de référence.

Quels pronostics
S’avancer à pointer un favori revient à jouer à la loterie. SRO a mis au point une excellente BoP et cadenassé les principaux leviers qui permettaient à certaines écuries de pointe de faire la différence – temps de ravitaillement imposé, temps de conduite maximum limité par relais, etc. – ce qui rend la lecture des forces en présence plus compliquée.

Toutefois, il ne faut pas être grand clair pour prédire que les Audi et les Mercedes se battront devant, que ce soit par l’homogénéité de leurs équipages, le nombre de voitures engagées ou l’expertise des équipes. La R8 LMS et l’AMG GT3 sont des voitures saines et constantes dans l’effort qui apporteront un plus à leurs pilotes si les conditions sont difficiles.

Sur le plan du rythme à proprement parler, le trio british – Aston Martin, Bentley, McLaren – a son mot à dire sur un tour et si la première citée laisse un doute sur de longs relais avec une surface nettement moins favorable qu’à Silverstone ou au Paul Ricard, c’est surtout sur le plan de la fiabilité que les GT britanniques laissent les observateurs dans l’expectative. La 650S GT3 n’a jamais brillé sur ce plan dans un double tour d’horloge, la Continental GT3 de nouvelle génération n’est manifestement toujours pas débarrassée de certains maux de jeunesse et la V12 Vantage GT3 accuse le poids des ans et n’a encore jamais été menée par un équipage 100% Pro sur une telle épreuve…

© SRO / Kevin Pecks

Nous pointerons trois outsiders principaux face aux quatre anneaux et à l’étoile : BMW, Porsche et Lamborghini. Clairement, la sensation laissée par les M6 GT3 au sortir des séances qualificatives est plus positive qu’attendue tandis que les 911 semblent vraiment cacher leur jeu depuis le début de saison et on déjà démontré en 2017 qu’elles avaient le potentiel pour l’emporter. Enfin, GRT a démontré que la Huracan GT3 pouvait être fiable en remportant les 24 Heures de Daytona et le bolide au Taureau est toujours très en verve en fin de relais. Seule l’homogénéité des équipages de la #19 et de la #82 pourrait représenter un (très) relatif désavantage.

Si les températures baissent un peu ce weekend, les Lexus pourraient bien créer la surprise, du moins dans la première moitié de course. Au delà, la bonne tenue des RC F GT3 reste à démontrer.