Avec deux voitures sur trois en Super Pole et un rythme affiché encourageant, le Grasser Racing Team fait figure de principal outsiders aux favoris que restent Audi et Mercedes sur cette épreuve. Rencontre avec certains cadres de Huracan #63 et #82.

Champions en 2017, les pilotes de la Lamborghini Huracan GT3 #63 ont connu un début de saison moins fastueux que la saison précédente, mais l’arrivée à Spa semble avoir rendu une bonne partie de son allant à la furie de Sant’agata Bolognese.

Dixième chrono en qualifications et en Super Pole, est-ce un résultat attendu ? Êtes-vous satisfaits de votre rythme ?
Andrea Caldarelli > Lors du Test Day, nous étions moyennement satisfaits de notre niveau de performances, mais nous avons pu collecter beaucoup de données. Les choses se sont un peu améliorées en essais libres jeudi mais il fallait encore améliorer le rythme global.

Pour être honnête, nous sommes plutôt contents de la voiture, en qualifications, nous avons signé le dixième temps malgré le trafic et donc il était possible de faire mieux.

Avez-vous travaillé uniquement en vue de la course ?
Christian Engelhart > Non, les essais libres ont servi à travailler les réglages pour la course, mais nous avons modifié la voiture pour les qualifications. La plupart des concurrents le font, c’est pour cette raison qu’il y avait très peu de voitures en piste dans la première demi-heure des essais de nuit, le temps pour tout le monde de remettre les réglages « course ».

C’est bien entendu très différent de régler la voiture pour un tour ou une heure…

Grasser Racing Team a gagné les 24 Heures de Daytona en début d’année et le Paul Miller Racing a imposé une Huracan à Sebring. Ces deux succès peuvent-ils aider dans l’approche du double tour d’horloge de Spa ?
A. C. > Oui, la voiture est clairement fiable sur 24 heures et ce fut un début de saison riche en succès pour GRT et Squadra Corsa.  Nous avons presque trois ans d’expérience et la Huracan est à maturité. C’est primordial de finir la course, évidemment.

C. E. > Une course de 24 heures reste une course de 24 heures et si c’est vrai que l’an dernier la voiture avait connu un problème de fiabilité ici à Spa, depuis lors, nous n’avons plus rencontré le moindre soucis. Il s’agit d’une longue logue course et si les choses débutent bien, parfois c’est aussi aux pilotes d’éviter les erreurs. Spa est un test exigeant pour le matériel et les pilotes.

A. C. > Comparée à Daytona, cette course est plus « demandeuse » du fait de la longueur du tracé, de conditions météo, etc. Toute l’expérience en course de 24 heures est utile et sert pour préparer les autres, mais chaque épreuve est unique.

C. E. > Daytona est probablement plus dure pour le moteur, mais sur tous les autres points, Spa est plus éprouvant.

Les températures élevées qui sévissent depuis le début de la semaine constituent-elles un avantage ou un handicap pour vous ? Des doubles relais sont-ils envisageables ?
A. C. > La chaleur n’aide personne ! Les hautes températures sont pénibles pour le moteur, les freins et chaque élément mécanique de la voiture, plus spécialement pour les pneus. Nous n’avons jamais rencontré de problème particulier avec la chaleur mais la gestion de gommes sera cruciale, car nous avons pu constater déjà lors du Test Day que terminer un relais avec des pneus encore performants était très difficile.

C. E. > Essayer des doubles relais avec les pneus n’a plus aucun sens en raison de la règlementation des arrêts aux stands. Désormais, le timing est imposé et on peut faire le changement de pneus en même temps que le ravitaillement en carburant donc on ne perd plus de temps en changeant de pneus.

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L’an dernier vous avez été champions et vous étiez bien classés avant Spa. Cette saison, votre situation est moins bonne. Allez-vous quand même jouer le championnat en essayant de marquer après 6 et 12 heures ou uniquement vous concentrer sur la victoire finale ?
Mirko Bortolotti > Je pense que nous arrivons avec une approche différente cette année car notre situation au championnat est différente. L’an dernier, il était crucial de marquer un maximum de points car le titre était l’objectif principal. Cette année, nous sommes plus loin au classement et l’ambition est de gagner la course. Nous ne prendrons probablement pas de gros risque en début de course juste pour être bien classés. L’objectif sera sûrement de rester plus « prudents » en début de course pour être bien placés en fin d’épreuve pour nous battre pour la victoire.

Que représente Spa pour vous en tant que pilotes ?
C. E. > Tout le monde dit ça, mais Spa est clairement l’une des plus grandes courses et la gagner équivaut à être champion.

Ressentez-vous une pression particulière de la part de Lamborghini pour remporter cette course après avoir gagné deux monuments comme Daytona et Sebring ?
A. C. > Non, clairement non. Bien entendu, nous savons tous que c’est un événement important mais nous ne ressentons pas de pression particulière de la part du constructeur.

C’est une pression positive que nous nous mettons, de manière générale.

Pensez-vous que c’est un avantage d’avoir trois voitures dans le même team ?
A. C. > Bien entendu cela représente un avantage car nous avons trois fois plus de données pour travailler.

M. B. > Sur le plan de la stratégie, dans une course comme celle-ci, ça ne change pas grand chose car vous devez être à fond du premier au dernier tour. Les trois voitures se trouvent toujours à des endroits différents sur la piste, chacun fait sa course, on ne peut plus se dire qu’on va garder une voiture en retrait en attendant la fin de l’épreuve…

Bien entendu, se battre contre une voiture soeur est différent de devoir affronter un concurrent d’une autre équipe. Pour l’équipe, l’idéal serait d’avoir deux ou trois voitures qui se battent en fin de course pour le podium ou la victoire, mais pour les pilotes, ce serait un cauchemar. Car le moindre contact, la moindre erreur peut avoir d’énormes conséquences.

Sentez-vous une différence de niveau chez les pilotes amateurs ces dernières années ?
M. B. > Pas vraiment, la plupart sont là depuis plusieurs saisons, ils connaissent les circuits, le championnats, ils apprennent mais globalement on peut voir des pros qui s’accrochent et commettent des erreurs aussi. Il faut respecter les pilotes amateurs, ils sont une part importante de ce championnat qui n’existerait pas sans eux.

Ils gèrent mieux le trafic et s’améliorent. C’est avant tout une question de respect mutuel et de lucidité sur la piste.

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Franck Perrera s’élancera en seizième position avec la #82 – après les pénalités des deux Porsche 911 – et s’est confié à nous avant de rentrer dans le vif du sujet (réalisé avant la Super Pole).

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Satisfait d’être en Super Pole ?
On était très content hier soir car on est plutôt côté outsider. En termes de performances et de réglages pour notre équipage il était difficile d’entrer dans le top 20. On voit que des équipages, mieux que nous sur papier, sont derrière. Tout ça fait que nous sommes très satisfaits.

Tu vas prendre le volant pour cette Super Pole, comment t’y prépares-tu ?
C’est un exercice que j’ai déjà eu l’occasion de pratiquer plusieurs fois avec des constructeurs différents donc je n’ai pas de préparation spéciale. Je me suis reposé ce matin pour arriver détendu et essayer d’analyser plusieurs choses. Peut-être rendre la voiture plus agressive car on est sur deux tours uniquement. Nous étions partis sur un setup qui convenait à tout le monde qui nous a permis de nous mettre dans le top 20. Je vais tenter de faire quelque chose plus pour moi pour essayer d’être le mieux possible. Après ce n’est que du bonus.

Tu te vois progresser dans la hiérarchie ?
On a vraiment l’opportunité de progresser mais il y a beaucoup de surprises en Super Pole. Il est difficile de savoir ce qui se passera. C’est ouvert. Si je peux partir le mieux possible c’est tant mieux mais les 24 heures ne se joueront pas aujourd’hui. J’ai assez de recul pour savoir que la course sera autre chose.

Suivez-vous une préparation spécifique pour vous préparer à des températures difficiles ?
Non, globalement, c’est plutôt une préparation avant ce week-end. Je varie mon entraînement cardio afin de pouvoir enchaîner les relais. La voiture ne dispose pas de la climatisation, au contraire de la #63 et donc il faut être préparé.

Exploites-tu les datas des autres voitures ?
Oui, on regarde au niveau des datas des autres. On essaie tous de progresser ensemble et si quelqu’un trouve quelque chose forcément on y regarde. Ce sera le cas aujourd’hui et c’est bien d’avoir deux voitures dans les vingt. On aurait aimé plus mais c’est déjà un bon résultat.

Parlez-vous stratégie au niveau de l’équipe ?
C’est quelque chose de difficile à faire avant la course. C’est souvent la voiture qui est devant qui est avantagée en termes de stratégie. Maintenant, chacun met un plan de travail en place mais on connait tous Spa. Cela reste difficile car on ne sait pas ce qui va se passer. Cette année, c’est plus ouvert que jamais et la différence se fera en termes d’erreurs. J’ai demandé à mes coéquipiers d’être rigoureux dans tout.

Si tu devais miser sur une voiture pour la victoire ?
Un équipage qui sort du lot ? Peut-être la #25 car je trouve que c’est un équipage homogène qui a de l’expérience. Je pense qu’à Spa l’expérience compte. Les équipages qui en ont sortiront du lot.