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Actualité / GP de Belgique

Spa 2016 : notre analyse écurie par écurie (Partie 1 : de Mercedes à Williams)

Devenu au fil des années le rendez-vous traditionnel de la fin du mois d'aout, le Grand Prix de Belgique possède une saveur particulière pour les écuries comme pour les fans de Formule 1. Au lendemain de ce 13e rendez-vous 2016 riche en émotions, il est temps de faire le point sur les forces et faiblesses de chacun alors que se profile déjà à l'horizon le Grand Prix d'Italie sur l'Autodromo Di Monza. Pas de doutes, les vacances sont bel et bien finies !...

Dans un but de meilleure compréhension, nous avons choisi de nous référer pour cet article au classement du championnat du monde des constructeurs, actualisé au lendemain du Grand Prix de Belgique 2016.

Mercedes à double-face (Rosberg 1er, Hamilton 3e) 

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© Mercedes AMG F1

La formation de Brackley nous aura montré deux visages bien distincts au terme de ce Grand Prix de Belgique. Épargné par les tracas mécaniques, Nico Rosberg a connu un dimanche sans histoires, devenant l’égal de Kimi Raïkkönen et Mika Häkkinen en remportant la 20e victoire de sa carrière, la première sur le sol belge. Auteur de la pole, l’Allemand prenait le meilleur envol et contrôlait son effort, y compris lors du deuxième départ consécutif à la cabriole de Magnussen au 6e tour (plus de peur que de mal !). S’il a effectivement dominé les débats sur l’ensemble des 44 tours, les choses ne furent pourtant pas si simples dans le chef de l’Allemand, comme l’a souligné Paddy Lowe, directeur technique de Mercedes AMG ; « Déjà en qualifications, c’était très dur de faire la pole. Le tour qu’il (Rosberg) a fait en tendres était vraiment phénoménal. Bien que ce soit agréable (pour lui) de ne pas être concurrencé par Lewis, il perd cependant un point de référence. Il a fait du très bon travail en réussissant cela en qualifications. » Un des défis pour les pilotes résidait ce week-end dans la gestion des pneumatiques dont les pressions minimales avaient été revues à la hausse par Pirelli après les crevaisons survenues la saison passée sur le même tracé (Rosberg, Vettel). « En course, les gens sont loin de se douter – et moi aussi – de la difficulté de la gestion des pneus entre performance et endurance, c’est sur le fil du rasoir. Et Nico a fait un travail fantastique. Je doute que ce soit aussi critique à Monza », expliquait le Britannique à nos confrères de Motorsport.com.

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© Mercedes AMG F1

À l’opposé, Lewis Hamilton gardera sans doute un souvenir contrasté de son escapade ardennaise. Pénalisé dés l’entame du week-end par le remplacement de trois composants moteur, le Britannique voyait l’addition s’alourdir jusqu’à cumuler 55 places de recul sur la grille ! Comme l’a analysé notre confrère Adam Cooper, les circonstances en course se sont montrées davantage favorables à Lewis, qui est parvenu à doubler 18 voitures en à peine quatre dépassements ! Dépositaire de la Force India d’Hulkenberg au 18e tour, le Britannique tenta bien de rattraper le temps perdu sur Ricciardo et Rosberg avant de devoir s’incliner, non sans avoir signé le record du tour (1.51.583) au 40e passage. « Nous n’aurions jamais prédit un podium pour Lewis, a déclaré Paddy Lowe après l’arrivée. Les gens pensent peut-être que nous avons un énorme avantage en performance, mais il n’est pas si énorme que ça. Quand on regarde Red Bull et Ferrari, en temps normal, c’est impossible de les battre depuis le fond de grille. »

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© Mercedes AMG F1

Au vu de ses soucis mécaniques, Lewis Hamilton peut s’estimer heureux du résultat final qui lui a valu le titre de « Driver of the Day » et lui permet de conserver la tête du championnat. Concernant Nico Rosberg, la trêve estivale semble avoir été profitable et il doit désormais capitaliser sur sa victoire pour retrouver la solidité de son début de campagne. Monza devrait nous valoir une solide explication d’autant que les longues lignes droites du tracé milanais sont chaque année favorables au V6 à l’étoile et qu’Hamilton cherchera à faire vite oublier ses déboires spadois. Gageons que si Toto Wolff et Niki Lauda parviennent à canaliser les ambitions de leurs poulains sans trop interférer sur l’action en piste, cette seconde partie de saison sera à suivre avec le plus grand intérêt.

Red Bull, le taureau boiteux (Ricciardo 2e, Verstappen 11e) : 

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© Red Bull Racing

À l’image des Flèches d’Argent, les taureaux de Red Bull ont soufflé le chaud et le froid sur le toboggan fagnard. Sauf que rien ne le laissait présager avant ce fameux premier virage. À qui la faute ? Vettel ? Verstappen ? Depuis dimanche, le débat agite les observateurs comme les internautes sur la responsabilité de l’accrochage du départ ayant coûté leur course à la fois aux Ferrari et au jeune Hollandais. Si beaucoup ont pointé Max et sa fougue comme les causes probables de l’incident, d’autres sont plus nuancés comme Joe Saward, qui déclare sur son blog que Vettel est davantage à blâmer pour avoir trop resserré sa trajectoire à l’extérieur de l’épingle, prenant Raïkkönen en sandwich avec la Red bull. À l’inverse, Max tenait sa trajectoire à la corde et n’avait d’autre choix que d’épouser le vibreur pour mieux ressortir devant. Que ce soit l’un ou l’autre, l’inaction des commissaires a en tout cas prouvé une chose : fait de course et point à la ligne ! Des trois lascars, Verstappen a dû payer les pots cassés en échouant à la porte des points devant un public (quasi) entièrement acquis à sa cause. Dommage pour celui que l’on voyait déjà sabrer le champagne sur le podium.

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© Red Bull Racing

Et si c’était justement cette obligation de résultat et la perspective de briller devant tant de fans les vraies coupables de son empressement du départ ? Après tout, le bougre n’a toujours que 18 ans et une expérience encore limitée des envols en première ligne, surtout avec des pilotes chevronnés dans son dos et une distance de freinage parmi les plus courtes de la saison.

Verstappen : « ça ne pouvait pas passer à trois de front ! « 

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© Red Bull Racing

Comme Rosberg au volant de la W07, Daniel Ricciardo a su garder la tête froide et a profité de la confusion des premiers mètres pour se hisser en troisième position. Bourreau d’Hulkenberg à la relance, l’Australien a connu une après-midi plutôt tranquille et empoche 18 nouveaux points, de quoi consolider sa troisième place au classement mondial devant Vettel et Raïkkönen. Au volant d’une RB12 qui progresse à chaque sortie, la victoire semble plus que jamais à la portée de « Big Dan », qui rêve secrètement de conjurer les déceptions de Barcelone et Monaco.

Scuderia Ferrari, voyants dans le rouge (Vettel 6e, Raïkkönen 9e) : 

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© STUDIO COLOMBO

Y a-t-il un « syndrome Ferrari » ? Sans chercher à tomber dans la caricature, force est de reconnaitre que la Scuderia a de nouveau galvaudé une belle opportunité ce week-end à Spa. Après les tentatives loupées de Melbourne, Barcelone ou Montréal, les regrets peuvent être encore plus grands au vu du regain de compétitivité affiché par la SF16-H. Dans le bon rythme vendredi, Raïkkönen et Vettel surprenaient leur monde avec les 1er et 3ème meilleurs chronos le samedi matin. Bref retour à la réalité en qualifications ou les rouges confisquaient tout de même la deuxième ligne, Kimi échouant à moins de deux dixièmes de la pole de Rosberg, seul un Verstappen en état de grâce s’intercalant entre eux.

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© STUDIO COLOMBO

Avec Hamilton relégué en fond de grille, l’optimisme semblait de mise pour le départ avant que l’étroit goulet de la Source n’ait raison des ardeurs de chacun. Percuté sur le flanc droit, Vettel partait en toupille alors qu’Iceman et Verstappen y laissaient chacun une partie de leur aileron avant. Une fois passé par la pitlane, le reste de l’épreuve se résuma à une remontée le couteau entre les dents, Raïkkönen se frottant même à la Red Bull de Verstappen qu’il mit cinq tours à doubler, non sans avoir frôlé une nouvelle fois l’accrochage.

La réponse de Vettel à Verstappen.

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© STUDIO COLOMBO

Au-delà du résultat brut, forcément décevant au vu du potentiel affiché, la situation actuelle de la Scuderia continue de susciter commentaires et inquiétudes. Il y a encore quelques mois, après un exercice 2015 couronné par une ribambelle de podiums et de trois succès, la présente campagne devait être celle de la confirmation avec le titre mondial en ligne de mire. Or, les rouges n’ont encore signé aucune victoire en 13 manches, ratant le coche à plusieurs reprises (Melbourne, Barcelone, Montréal et Spa), le plus souvent à cause de décisions stratégiques pour le moins hésitantes. Pire, Red Bull a repris du poil de la bête et se pose désormais en challenger numéro 1 de Mercedes au point d’occuper la deuxième marche du podium au championnat des constructeurs.

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© STUDIO COLOMBO

Déjà ébranlée par ses errements stratégiques et par un rythme de développement moins soutenu que la concurrence, Ferrari a récemment pris un nouveau coup sur la tête avec le départ de son directeur technique James Allison. Débauché à prix d’or de chez Renault (ex-Lotus), le Britannique était la branche sur laquelle reposait la nouvelle structure voulue par Sergio Marchionne, le puissant PDG de Fiat. Après le décès de son épouse en mars, l’ingénieur avait déjà montré des signes d’essoufflement et a déclaré quitter l’équipe pour pouvoir s’occuper de ses trois enfants. Un argument vite considéré comme « léger » vu l’âge des dits « enfants » (17, 21 et 23 ans dont deux sur les bancs de l’université). Sans entrer dans la polémique, il y a fort à parier que d’autres divergences en interne pourraient expliquer ce divorce. Mais quoi qu’on en pense, le départ précipité de son créateur technique, remplacé depuis par Mattia Binotto, a laissé la Scuderia quelque peu désemparée. À Monza, sous les yeux des tifosi, elle a d’ores et déjà annoncé disposer de trois nouveaux jetons de développement pour son groupe-propulseur.

Sahara Force India, puissance 4 ! (Hulkenberg 4e, Pérez 5e) :

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© Sahara Force India

Attendues au tournant, les Force India n’ont pas déçu dans les Ardennes belges. « Checo » Pérez sonnait la charge dés la première séance libre de vendredi avec un 4e temps bien senti, transformé en 3e chrono l’après-midi par « Hulk » avant que le Mexicain ne frôle le top 5 qualificatif le samedi. En course, les duettistes profitaient comme d’autres de la confusion du départ pour se frayer un chemin vers l’avant, particulièrement Hulkenberg un temps 2e avant de subir les retours successifs de Ricciardo au re-start puis d’Hamilton au jeu des ravitaillements.

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© Sahara Force India

Quatrième sous le drapeau, l’Allemand a égalé le meilleur résultat de sa carrière (à quand le podium, après 107 départs ?) devant Sergio Pérez. Un tir groupé qui ne pouvait pas mieux tomber puisqu’il permet à Force India d’occuper la quatrième place du championnat du monde pour la première fois de son histoire, deux points devant des Williams en retrait. Malgré un début de saison plus timide que prévu, un budget serré et des ennuis politico-juridiques à répétition, la performance reste belle. Aux troupes de Vyjay Mallya de poursuivre leurs efforts dès Monza, une piste qui a souvent souri aux VJM à moteur Mercedes.

Williams Racing, allo docteur ? (Bottas 8e, Massa 10e) : 

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Andy Hone/LAT Photographic

On a beau se répéter mais les temps sont durs pour Williams. Devenue la troisième force du plateau ces deux dernières saisons, l’écurie chère à Sir Frank accuse le coup en 2016 alors que Red Bull et Ferrari, au budget certes supérieur, ont creusé l’écart et que Force India s’est entre-temps invitée à la lutte.

Si le podium de Bottas à Montréal fut accueilli comme une bouffée d’air frais, les FW38 se contentent depuis lors des quelques miettes du festin, le Finlandais étant souvent le seul à scorer au contraire d’un Massa timoré. Muet depuis mi-juin et le Grand Prix d’Europe à Bakou, le vétéran brésilien a retrouvé le point de la dixième place à Spa, son équipier terminant deux rangs devant. Un résultat plutôt maigre au vu du rythme adopté par des Force India pourtant dotées du même moteur.

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Glenn Dunbar/LAT Photographic

Le podium mondial étant devenu depuis longtemps inaccessible, mettre les monoplaces de Silverstone au pas devra constituer l’objectif principal de Bottas et Massa, tous deux dans leur dernière année de contrat. Si Le Finlandais, 26 ans, devrait faire l’objet d’une prolongation, l’avenir parait en revanche moins claire pour le Pauliste, 35 ans, dont les derniers résultats (trois points sur les huit dernières courses) ne jouent malheureusement pas en sa faveur. La rumeur voudrait qu’il soit poussé vers la sortie par Jenson Button, de retour dans la formation de ses débuts au cas où McLaren décidait de ne pas le prolonger…

Suite de notre analyse de ce Grand Prix de Belgique dans la partie consacrée aux écuries du milieu et bas de tableau (de McLaren à Sauber).

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